Tous les chiens sont les meilleurs chiens.
Ma Livie, mon amour, est partie cette nuit. Tout d’un coup, comme elle était arrivée. Elle n’avait pas mal. C’est même d’être soulagée de la douleur qui l’a laissée partir. C’était la douleur qui la tenait éveillée. Elle s’est endormie, elle ne s’est pas réveillée.
Trois ans ensemble, c’est trop court. Trois ans de vraie vie sur onze, c’est encore plus court. C’est pas juste. C’est pas du jeu.
Livie, amour, lumineuse, collante, « petite douceur » comme l’appelait une amie. Livie qui savait pas courir à son arrivée, tellement qu’elle était restée enfermée. Livie qui, patiemment, avait appris à se détendre. Livie qui roucoulait quand elle voulait sortir, qui faisait des claquettes d’excitation au moment de la promenade, Livie qui s’endormait au pied du lit et que je retrouvais au réveil roulée en boule contre ma tête. Livie qui, en trois ans, avait appris à avoir des copains (pas trop de copines), qui avait appris à jouer, un peu. Livie qui n’en avait rien à fiche des gens qui râlaient parce qu’elle avait pas de laisse. Livie qui n’allait pas saluer les gens de droite. Livie, appât à vieux qui ont tous eu un setter, à un moment de leur vie.
La liste est longue. Livie qui… Livie.
Il était hors de question qu’une chienne qui a passé la majorité de sa vie enfermée finisse incinérée dans une boîte. Livie, survivante, avait trop cher payé sa liberté. Alors, ce matin, on est montées dans la voiture, tous les deux. On a fait une dernière promenade dans les bois. Je t’ai trouvée une bonne place, entre deux arbres. On entend la rivière qui coule, juste à côté. Pas trop loin du chemin, parce que tu n’étais jamais très loin, même quand je te perdais de vue. Comme ça, tu entendras des gens, toi qui aimais les gens, beaucoup plus que moi. Comme ça, je pourrai venir te voir.
Je t’ai installée là, dans ta couverture qui sent tellement toi que la laver n’avait plus aucun effet. Je t’ai installée allongée sur le côté, les jambes tendues comme quand tu dormais sur le lit et que tu prenais toute la place. J’ai bien tassé la terre pour que tu sois au chaud. Chien terreux, chien heureux. L’automne, l’hiver, c’était ta saison préférée, alors je t’ai recouverte d’humus et de branches. Comme ça, on ne viendra pas t’emmerder, ma Livie, ma Livouille, ma vieille, ma belle amour.
Il y a des chasseurs dans ce bois, parfois. J’espère que ta présence les fera chier. Je n’oublierai pas, je ne pardonnerai pas qu’on te gardait enfermée parce que « tu ne chassais pas bien ». Moi, je sais que si tu ne chassais pas, c’était parce que tu valais mieux que ça.
Trois ans d’un pareil amour, c’est bien trop court. Tu vas me manquer plus que je ne peux le dire ou l’écrire, ma belle, ma meilleure, ma Livie.
